Faut-il standardiser la finance islamique?
Extrait du Chapitre 3 : "La finance islamique globale connaît une croissance vertigineuse mais fragmentée". Par Anouar Hassoune
"Faut-il standardiser la finance islamique ?
Dans ce contexte, la question de la standardisation des pratiques de
la finance islamique se pose avec force. En effet, nombreuses sont les
critiques à l’encontre du modèle de finance islamique : il n’y
aurait pas une finance conforme à la Charia, mais autant de finances
islamiques qu’il existerait de marchés locaux, voire infra-domestiques.
Au demeurant, la question de la standardisation de l’islam financier
est souvent mal posée, dans la mesure où il existe, de fait, deux
formes de standardisation : l’une technique et commerciale,
l’autre relative à la mise en résonance des principes sous-jacents à
l’islam financier.
Il est clair, dans les conditions de
développement actuelles, que la standardisation est d’autant plus
adaptée, c’est-à-dire à la fois désirable et nécessaire, qu’un marché
se globalise : cette tendance paraît de plus en plus pertinente pour
les fonds islamiques, les sukuk, et les produits financiers dits “de
gros”. Une telle standardisation est avant tout technique, de sorte à
fluidifier, au maximum, le marché dans son ensemble, ainsi que ses
différents compartiments. En revanche, la standardisation des principes
sous-jacents dépend essentiellement, quant à elle, des stratégies de
vente des instruments financiers islamiques : on ne vend pas de la
même manière un produit islamique en Malaisie, dans le golfe Persique
ou en Turquie, voire en Europe. Chaque clientèle a ses exigences au
regard de son interprétation plus ou moins conservatrice de la Charia,
même en termes de banque d’investissement et de finance désintermédiée.
Cela est encore plus vrai pour les marchés orientés vers la clientèle
des particuliers, très localisée géographiquement : tant qu’un
produit doit s’adapter aux spécificités de son marché local, une marge
de flexibilité existe et les degrés de liberté sont fonction des
demandes idiosyncrasiques. La banque des ménages et les produits
d’assurance demeurent tributaires, tant techniquement que d’un point de
vue religieux, de contraintes essentiellement domestiques."

